© Michaëlle Sergile Artiste

WE WEAR THE MASK

2019

Installation sculpturale : Tissage en coton, alpaga et acrylique. Supports en bois et code sur vinyle.

We wear the mask est une oeuvre explorant la traduction du son en textile. En m’inspirant cette fois-ci d’un sonogramme, je me suis créé un code afin de pouvoir tisser la voix de Maya Angelou récitant le poème The Mask. En prenant exemple sur le rire de Rosa Parks, Maya Angelou définit le rire comme étant un appareil de survivance. Elle décrit les interactions des communautés noires et blanches dans les années soixante dix en expliquant que lorsque l’on est dans une position où il est difficile de s’exprimer sans en payer les conséquences, le rire devient en quelque sorte une prise de position.

Le Masque

Nous portons le masque qui sourit et ment.

Il ombrage nos joues et cache nos yeux.

Cette dette que nous payons à la ruse humaine

Avec des cœurs déchirés et saignant... 

Nous sourions et parlons des myriades de subtilités.

Pourquoi le monde devrait-il penser autrement

En comptant toutes nos larmes et nos soupirs.

Qu'ils ne nous voient que pendant qu'ils nous voient.

Nous portons le masque.

 

Nous sourions mais oh mon Dieu

Pour toi, les âmes torturées se réveillent.

Et nous chantons Oh Baby doll, maintenant nous chantons ....

L'argile est vile sous nos pieds

Et sur de longues distances

Mais que le monde pense le contraire.

Nous portons le masque.

 

Quand je pense à moi

J'en meurs presque de rire.

Ma vie n'a été qu'une grosse blague !

Une danse en marchant, une chanson en parlant

Je ris tellement HA ! HA ! Je m’en étouffe presque 

Quand je pense à moi.

 

Soixante-dix ans dans le monde de ces gens

L'enfant pour qui je travaille m'appelle fille

Je dis "HA ! HA ! HA ! HA ! Oui madame !"

Pour le bien du travail

Je suis trop fière pour me plier et

Trop pauvre pour me casser

Alors... .. Je ris ! Jusqu'à ce que j'aie mal au ventre

Quand je pense à moi.

Mes parents peuvent me faire pencher

Je ris tellement, HA ! HA ! J’en meurs presque

 

Les histoires qu'ils.elles racontent ressemblent à des mensonges.

Ils.elles cultivent les fruits mais mangent la couenne.

Hmm huh huh ! Je ris uhuh huh huh huh huh... ..

Jusqu'à ce que je commence à pleurer, quand je pense à moi.

Et à mes parents et aux enfants.

 

Mes pères sont assis sur des bancs,

Leur chair compte chaque planche,

Les lamelles laissent des bosses dans l'obscurité

Au fond de leur flanc flétri.

 

Et ils grinçaient comme des bougies cassées,

Tous cirés et brûlés profondément.

Ils disent, mais mon sucre (ou chéri.e), c'était notre proposition

qui a fait tourner votre monde.

 

Là, dans ces visages plissés

Je vois le bloc de la vente aux enchères

Les chaînes et les coffres de l'esclavage

Le fouet, le fouet, le fouet et le bouillon.

Mes pères parlent d'une voix

Cela déchire mes faits et mon son

Ils disent, mais mon sucre (ou chéri.e), c'était notre proposition.

qui a fait tourner votre monde.

 

Ils rient pour cacher leurs pleurs,

Ils traînent dans leurs rêves

Ils sont allés chercher un pays

Et ont écrit le blues en criant.

Je comprends leur signification,

Il aurait pu en dériver

De vivre au bord de la mort

Ils ont gardé ma race en vie

En portant le masque ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! 

The Mask

We wear the mask that grins and lies.
It shades our cheeks and hides our eyes.
This debt we pay to human guile
With torn and bleeding hearts . . .
We smile and mouth the myriad subtleties.
Why should the world think otherwise
In counting all our tears and sighs.
Nay let them only see us while
We wear the mask.

 

We smile but oh my God
Our tears to thee from tortured souls arise
And we sing Oh Baby doll, now we sing . . .
The clay is vile beneath our feet
And long the mile
But let the world think otherwise.
We wear the mask.

 

When I think about myself
I almost laugh myself to death.
My life has been one great big joke!
A dance that’s walked a song that’s spoke.
I laugh so hard HA! HA! I almos’ choke
When I think about myself.

 

Seventy years in these folks’ world
The child I works for calls me girl
I say “HA! HA! HA! Yes ma’am!”
For workin’s sake
I’m too proud to bend and
Too poor to break
So . . . I laugh! Until my stomach ache
When I think about myself.
My folks can make me split my side
I laugh so hard, HA! HA! I nearly died

 

The tales they tell sound just like lying
They grow the fruit but eat the rind.
Hmm huh! I laugh uhuh huh huh . . .
Until I start to cry when I think about myself
And my folks and the children.

 

My fathers sit on benches,
Their flesh count every plank,
The slats leave dents of darkness

Deep in their withered flank.
And they gnarled like broken candles,
All waxed and burned profound.
They say, but sugar, it was our submission
that made your world go round.

 

There in those pleated faces
I see the auction block
The chains and slavery’s coffles
The whip and lash and stock.
My fathers speak in voices
That shred my fact and sound
They say, but sugar, it was our submission
that made your world go round.

 

They laugh to conceal their crying,
They shuffle through their dreams
They stepped ’n fetched a country
And wrote the blues in screams.
I understand their meaning,
It could an did derive
From living on the edge of death
They kept my race alive
By wearing the mask! Ha! Ha! Ha! Ha! Ha!