MICHAËLLE
SERGILE
Michaëlle Sergile, (née en 1995 à Chicago ; vit et travaille à Montréal, CA) est titulaire d'un baccalauréat en beaux-arts de l'UQÀM (2018) et d'une maîtrise en beaux-arts de l'Université Concordia (2023). Son travail a été exposé au Musée national des beaux-arts du Québec, au Musée d'art de Joliette et à la Biennale Off de Dakar. Son nom figurait également sur la longue liste du prestigieux Prix Sobey pour les arts en 2022. En 2023, elle remporte le titre d'artiste visuel de l'année au Gala Dynastie et entame une résidence à la Fonderie Darling. En 2024, elle expose ses œuvres au Musée d'art de l'Université de Toronto, à la Gallery 44 (Toronto), au Musée McCord Stewart (Montréal) et est finaliste pour le prix Pierre-Ayot. En 2025, elle fait une résidence au Centre Lottozero (Italie), au Icelandic Textile Centre (Islande) et expose au Centre culturel canadien de Paris (Paris). En 2026, elle présente son exposition solo And Then, Perhaps, a Memory au centre de l'image contemporaine VOX.
Mon travail explore l’histoire des communautés noires à travers les archives postcoloniales, en plaçant les expériences des femmes afro-descendantes au cœur de ma recherche. En recourant au tissage, un médium traditionnellement associé aux pratiques domestiques féminines, j’examine les rapports de force liés au genre et à la race. Je m’intéresse particulièrement à ce que Saidiya Hartman appelle la « violence archivistique », c’est-à-dire la manière dont certaines vies sont omises, minimisées ou réduites au silence dans les archives historiques. À travers ma pratique, je cherche à (re)imaginer et à (re)construire ces récits, en traduisant mes recherches en installations et en œuvres immersives.
Mes recherches s’étendent à l’ensemble des Amériques, retraçant les mouvements des femmes noires entre Haïti, le Canada et les États-Unis. En m’appuyant sur des archives diasporiques communes, j’explore la manière dont la mémoire, la langue et l’identité circulent à travers les frontières et les générations. Ma pratique textile s’étend désormais à la vidéo et à l’installation, où les matériaux et l’espace deviennent des outils pour réfléchir à l’histoire.
L’architecture et l’espace domestique sont des motifs récurrents dans mes œuvres récentes. En faisant référence aux structures vernaculaires d’Haïti et d’Amérique du Nord, je réfléchis à la manière dont les environnements bâtis renferment la mémoire, comment les murs, les textures et les motifs d’un lieu peuvent refléter les histoires de migration et d’appartenance. Témoin de la destruction continue des monuments et des archives en Haïti, où j’ai passé une partie de mon enfance, je ressens l’urgence de mener une réflexion critique sur la manière dont le patrimoine culturel est préservé et transmis.
Je considère mon travail comme une forme active de réarchivage. À travers le tissage et l’installation spatiale, je cherche à créer de nouvelles façons de préserver la mémoire, des façons qui résistent à l’effacement et mettent en avant la complexité des récits diasporiques. Chaque fil, chaque fragment de bois ou d’image, s’inscrit dans un geste plus large : une réaffirmation de la présence et de l’appartenance.